LES VESTIGES MEDIEVAUX DU COLLEGE BARBEY D'AUREVILLY

LA SOURCE DE LA CASEMATE
Extrait de "Inondations du Sous-sol de Rouen"
par MM. le Dr CERNE et VILLETTE - 1926

  
   Suivant la recommandation des experts, c'est à la source de la Casemate que l'on s'est d'abord attaqué ou, pour mieux dire, dont on a définitivement assuré la captation ; il est bon d'en rappeler les phases, disséminées et incomplètement exposées dans des rapports au Conseil municipal.

   Après avoir exposé, dans un rapport du 4 août 1916 à M. Rabel, adjoint, que c'était bien, à son avis, la perte en terre de cette source qui était la cause des inondations des quartiers bas au-dessous de la place de Vieux-Marché, M. Gogeard en tenta, dès 1917, l'évacuation dans l'égout de la rue Thiers, dont le radier (17,18) est à une cote inférieure à celle de la source (19,20).

   Afin d'éviter les travaux coûteux qu'eût nécessité sous le Lycée et dans la rue Etoupée une dérivation directe, M. Gogeard fit établir un siphon s'élevant de la casemate en haut de l'escalier qui lui donne accès. Passant ensuite sous le sol de la cour, le siphon traverse les caves en bordure de la rue Saint-Patrice et suivant la rue Etoupée à une petite profondeur, débouche dans l'égout de la rue Thiers près de son radier.

   Ce siphon, une fois amorcé, devait théoriquement fonctionner indéfiniment, à condition bien entendu que son extrémité initiale plongeât toujours dans l'eau, perfectionnement réalisé sur la proposition de M. Duveau par l'adjonction d'un flotteur commandant une soupape d'arrêt (janvier 1917). Mais, dans la pratique, le fonctionnement fut défectueux et le désamorçage fréquent, par suite de fuites dans les joints de la canalisation. En 1919, un appareil Chappée fut installé, qui vidait l'eau en cinq ou six heures, non sans le grave inconvénient que sa mise en route et son arrêt nécessitaient l'intervention de trois hommes deux fois par jour. C'était gênant pour le personnel du Lycée et cela revenait cher ; aussi n'opéra-t-on la vidange de la casemate pendant quelque temps que sur de nouvelles plaintes parvenues à la Mairie.

   En 1922 cependant, reprise plus régulière de l'évacuation ; l'appareil Chappée est mis en marche journellement de 17 h1/2 à 23 heures par les fontainiers. C'est alors que la direction du Lycée se plaignit. En 1923, M. Gide fait construire un mur de 1 m. 10, empêchant l'eau de s'infiltrer par les interstices des marches de l'escalier et une pompe électrique est installée à la place de l'appareil Chappée, avec mise en marche automatique à l'aide du flotteur. Il n'en restait pas moins que, pour cette mise en marche, il fallait que le sol de la casemate restât recouvert d'une tranche d'eau de 20 à 30 centimètres et que ce sol mal joint donnait encore passage à des infiltrations. C'est alors que le Service des Eaux présenta, le 13 novembre, un projet d'étanchéisation du sol et de substitution au siphon d'un égout suivant le boulevard de la Marne pour aller retrouver l'égout de la rue Thiers au bas de la rue de Lémery.

   Enfin, à cette solution coûteuse fut substitué, par le Service de la Voirie, chargé de l'étudier, un projet beaucoup plus simple, qui a consisté à creuser au bas de l'escalier un bassin cimenté, d'une contenance de 10 mètres cubes, où vient se déverser l'eau de la source par un radier lui-même cimenté. Dans cette cuve, l'extrémité du siphon muni d'une crépine plonge jusque près du fond. Lorsque le niveau de l'eau submerge le flotteur, celui-ci met automatiquement en marche la pompe électrique qui amorce le siphon, conservé, par où s'opère la vidange dans l'égout de la rue Thiers.

   Il n'y a donc qu'une dépense strictement limitée aux besoins, sans intervention de personnel et seul le bon fonctionnement du moteur électrique demande à être vérifié assez fréquemment. On examinera cependant si la pose d'une simple conduite, au lieu d'un égout, ne serait pas trop onéreuse; on pourrait alors supprimer ce dispositif un peu compliqué.

   En tout cas, une récente visite, au mois de juin dernier, nous a permis de constater que depuis ces travaux, le sol de la Casemate était parfaitement sec et qu'il ne s'infiltre plus rien dans le sol des 35 mètres cubes journaliers fournis par la source de la Casemate.

   Qu'est-il résulté pour les inondations souterraines de cette mise hors de cause de la source incriminée ?

   Son action était certaine, puisqu'on avait retrouvé dans quelques caves des traces de la fluorescéine versée dans la Casemate. On aurait, d'autre part, constaté un léger abaissement de quelques centimètres du niveau d'eau dans certains immeubles. Mais il faut bien reconnaître que le résultat général est insignifiant.

   

Accueil